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SynthèseRésumé des interventions, discours et débats qui ont eu lieu lors de la deuxième session du Forum les 3 et 4 octobre 2008 à la Maison des arts du Grütli. « Ce n’est pas d’argent qu’il s’agit ici, c’est d’attention, d’écoute, de dialogue, en un mot d’amour… Eh oui, l’Amour…Vous vous souvenez ? All you need is love, pa palalala... »
PRÉAMBULE
L’importance des moyens alloués à la culture genevoise n’est pas une réelle surprise. Toute personne proche des milieux culturels sait que le budget culturel de Genève, lorsqu’on le considère de façon globale, est très honorable. Alors où se trouve le problème ? Il est ailleurs : dans une série de déséquilibres institutionnels et financiers extrêmes ; dans un ensemble de déficits relationnels, sociaux et symboliques. Genève est riche de moyens, de projets, d’artistes, d’acteurs, de fonctionnaires et d’événements culturels de toutes sortes. Mais elle est pauvre en concertation, en information, en dynamisme, en moyens alloués à la création et en capacité de travailler ensemble. Durant des dizaines de séances qui ont réuni près de 150 personnes différentes pendant sept mois, les cinq ateliers du Forum « art, culture et création » ont mis cet étrange paradoxe en évidence. Ils ont mis des mots et des chiffres au malaise. Ils ont aussi mis la classe politique et administrative devant l’évidence qui en découle : maintenant que le problème est formulé, il demande à être résolu. Après avoir dressé plusieurs constats, le Forum a esquissé une série de pistes concrètes ; aux personnes responsables de s’en emparer, de les prolonger, de les compléter ou de trouver des alternatives. Tout se passe à Genève comme si l’écart entre richesse et déficit des comptes publics, extrême depuis longtemps, trouvait une sorte d’équivalent dans le secteur culturel. Le personnel politique et administratif a mis beaucoup d’énergie pour combattre le premier ; il lui faut maintenant en mettre autant pour le deuxième. 1. LES CONSTATSGENÈVE, CAPITALE DES DÉSÉQUILIBRES
Les déséquilibres politiques et financiers : un Canton nain face à une Ville toute puissante
Cette situation minorise l’Etat à tel point qu’il a pu envisager, en 2007, de transférer l’entier de ses charges culturelles à la Ville sans y voir de perte. Bloqué par la protestation du RAAC, ce projet n’est aujourd’hui plus à l’ordre du jour ; pour l’instant, le Canton garde ses prérogatives en matière culturelle. Son statut de nain financier le rend cependant inapte à influer sur la vie culturelle face à une Ville omnipotente. Genève s’est longtemps accommodée de ce déséquilibre, mais l’importance que la vie culturelle a pris pour tous les Genevois rend aujourd’hui la situation incohérente. L’inégalité de ce rapport de force empêche toute action globale sur la région. On peut aussi souligner qu’elle est en porte-à-faux avec la Constitution fédérale, qui depuis 2001 attribue la compétence culturelle aux cantons. À ce déséquilibre entre les deux niveaux politiques régionaux s’ajoute un problème intercommunal : alors que la grande majorité de la population genevoise (60%) habite hors de la commune de Genève, 85% des dépenses culturelles sont financées par cette dernière. Quelques grandes communes suburbaines, comme Carouge ou Meyrin, allouent 20% de leur budget à la culture. Mais une grande collectivité comme Lancy ne lui réserve que 3%, et la grande majorité des 45 communes genevoises ne lui allouent aucune part. Le récent échec de la Conférence culturelle, dont l’objectif était notamment de mieux répartir les charges entre collectivités, a également montré que beaucoup de communes ne veulent pas participer aux grandes institutions culturelles, que leurs habitants fréquentent pourtant. Il y a là non seulement un déséquilibre, mais un blocage qui provoque un sentiment d’asphyxie. Le problème prend des dimensions plus extrêmes encore si l’on tient compte de l’agglomération ; l’offre culturelle de Genève profite à un bassin de population qu’on évalue à 770 000 habitants. Les déséquilibres artistiques : la part du lion à la musique savante
Les travaux des ateliers ont ainsi permis de souligner la place que tient le Grand Théâtre dans le paysage culturel genevois. Si l’on réunit le coût de son fonctionnement et le montant de sa subvention, cette institution coûte à elle seule 40 millions de francs à la Ville de Genève, soit un volume qui correspond à 18% du budget culturel. Soit encore à 67% du budget total de l’Etat pour la culture… Personne au sein du Forum n’a remis en question la nécessité de cette institution, ni la légitimité de ses coûts. Personne n’a remis en cause sa structure, qui permet de salarier plus de 300 collaborateurs toute l’année (par comparaison, la Comédie, première institution du théâtre genevois, salarie une vingtaine de personnes). Le simple recoupement des chiffres permet cependant de voir l’importance que la politique culturelle donne à une institution et à un genre artistique, en contraste brutal avec tous les autres. Dernier déséquilibre enfin, sans doute celui qui a le plus frappé le Forum : l’énorme disproportion entre moyens attribués au fonctionnement des institutions et moyens alloués directement aux créateurs indépendants. Après avoir souligné l’importance des budgets globaux, le professeur Varone a montré le caractère très figé du financement culturel genevois. Sur les 300 millions de francs qu’allouent communes et canton à la culture, seuls 10% servent à subventionner directement le travail des artistes. Il faut pondérer ce montant par les moyens que les institutions versent aux indépendants lorsqu’ils travaillent en leur sein. On peut néanmoins traduire le phénomène en disant que Genève privilégie massivement les gros au détriment des petits. Plus encore que les déséquilibres précédents, celui-ci donne une explication au malaise des artistes et à leur plainte contre des productions perpétuellement sous dotées. GENÈVE, CAPITALE DES DÉFICITS
Déficit relationnel : les artistes à l’écart des politiques culturelles
Déficits sociaux : la diversité culturelle au prix de la précarité
Le problème du statut social des acteurs culturels n’est pas spécifiquement genevois. Le régime du chômage et des assurances sociales s’élabore et s’administre au niveau de la Confédération. Cette dernière a récemment reconnu la particularité des travailleurs artistiques : parmi les artistes et acteurs culturels, la proportion des indépendants est près de 4 fois supérieure à la moyenne nationale, la proportion des emplois multiples près de 2 fois supérieure, la proportion des emplois à durée limitée près de 7 fois supérieure, le taux de chômage près de 3 fois supérieur à la moyenne nationale. La conférence du sociologue français Pierre-Michel Menger, au premier soir du Forum, a replacé ce phénomène dans un contexte plus large encore. En France comme en Suisse, l’expansion du secteur culturel n’a pas suivi l’augmentation du nombre de candidats aux professions artistiques. Il en résulte un sous-emploi grandissant et une précarité qui s’aggrave avec le temps. Sans doute Genève vit-elle ce problème de façon encore plus criante que tout autre. Il semble en effet d’autant plus indécent, pour une ville prospère, de fermer les yeux sur la précarité des personnes qui participent à sa richesse culturelle. Déficit pédagogique et informationnel : la culture, parent pauvre de la connaissance
Le Département de l’instruction publique, par la voix de son chef Charles Beer, a tenté de rassurer en réaffirmant son intention de donner une place de choix à la culture dans l’école genevoise. La crainte demeure néanmoins de voir les disciplines artistiques en rester au niveau d’un outil d’éveil, ou pire, de voir l’enseignement culturel se transformer en activités de consommation culturelle. L’atelier a aussi souligné que l’emploi des artistes enseignants est aussi un instrument de politique culturelle, puisqu’il permet à beaucoup de créateurs de vivre tout en pratiquant un art très peu lucratif. Leur fragilisation a donc un impact sur la vie culturelle en général. Par ailleurs, tous les ateliers du Forum ont été confrontés à un problème crucial qui ralentit, voire empêche toute vision globale, et donc toute analyse et réflexion sur la politique culturelle : le manque d’information. Plus encore que la Confédération, Genève manque totalement de données statistiques et qualitative sur le monde de la culture locale. Combien y a-t-il d’artistes et acteurs culturels à Genève ? On cite parfois le chiffre de 1500 personnes, mais ce chiffre est aléatoire et paraît bien bas. Quelles sont leurs pratiques, leurs motivations, leur revenus, leur formation, leur rythme de travail ? L’Office des statistiques du Canton ne s’est jamais penché sur la question. La Ville de Genève a récemment commandité une étude sur les pratiques culturelles du public ; le monde des artistes reste cependant totalement opaque, laissant la place aux idées reçues, souvent négatives, à tout le moins erronées, que le public et les responsables politiques - et parfois les artistes eux-mêmes - se font sur la vie et la figure du créateur. Le Forum s’est enfin penché sur le problème d’urbanisme devenu criant à Genève depuis quelque temps. L’atelier en charge de ce dossier pouvait puiser dans l’actualité la plus récente pour faire état d’une disparition brutale des lieux culturels autogérés à Genève. Depuis l’arrivée d’un procureur général très hostile aux milieux alternatifs, la situation des espaces autogérés s’est dégradée jusqu’à devenir dramatique. L’ancien dialogue entre milieux culturels et politiques s’est transformé en confrontations dures et incompréhensions tenaces. Des squats et des espaces occupés, qui abritaient des lieux de productions, de diffusions et de rencontres culturelles, qui hébergeaient aussi les artistes de passage à Genève, ont disparu sans trouver d’équivalent. Les participants de l’atelier ont qualifié l’époque présente d’ « Âge sombre », par contraste avec l’« âge d’or » des années 1985-1995, pendant lesquels friches industrielles, caves et immeubles vides se sont transformés en espaces de créations. Malgré une solution de relogement annoncée à la presse juste avant la tenue du Forum, une certaine amertume prédomine dans la bouche des artistes déplacés. Le fait est que l’attribution des nouveaux espaces de travail est assortie d’une interdiction de se produire en public : « On nous traite comme si la Genève internationale ne pouvait pas co-exister avec la Genève locale », dit l’un des intervenants au cours de sa présentation. 2.LES PISTESUne fois les problèmes de la politique culturelle genevoise identifiés, comment les résoudre ? Les ateliers du Forum « art, culture et création » ont esquissé un certain nombre de « pistes » pour y parvenir. Le terme n’est pas choisi au hasard : il signifie qu’au-delà des constats, cette édition du Forum a pour objectif de lancer des idées à discuter, à développer encore. Le cas échéant, ces esquisses deviendront des propositions dont le troisième Forum sera l’objet. À LA RECHERCHE D’ÉQUILIBRES
Vers un rééquilibrage institutionnel et financier : pour que l’Etat prenne (enfin) la place qui lui revient
Jouer un rôle de pilote demande cependant d’avoir une puissance financière qui corresponde à ce statut. Il paraît donc logique, dans la foulée du changement institutionnel préconisé ci-dessus, que le Canton prenne aussi une assise financière beaucoup plus importante qu’aujourd’hui dans le domaine de la culture. L’une des piste évoquée envisage que le Canton se charge des institutions culturelles les plus importantes. Le Grand Théâtre, l’OSR, la Comédie, les Musées d’art et d’histoire et la Bibliothèque de Genève concernent un public issu de toute la région, au-delà même des frontières. Il paraît juste que le Canton en prenne les commandes. Une autre piste évoquait la possibilité que Canton et communes se répartissent les charges culturelles selon un axe différent : les communes s’occuperaient de la construction et de l’entretien des infrastructures, tandis que le Canton s’occuperait de leur contenu, notamment donc du financement de la création. Quoiqu’il en soit, l’enjeu institutionnel et financier demande impérativement une nouvelle répartition des tâches culturelles entre Canton et communes, en particulier entre l’Etat et la Ville de Genève. De façon finalement surprenante, la majorité des partis politiques invités au Forum, de gauche comme de droite, se sont exprimés en faveur d’un rôle plus important de l’Etat en matière de culture. Le Conseiller d’Etat en charge de la culture a appelé à l’élaboration d’un « concept de culture cantonale ». À l’opposé de l’échiquier politique, le Parti libéral a soutenu l’idée d’un Canton qui s’occupe des grandes institutions. Ce consensus cache évidemment des calculs politiques divers. De la simple coordination au transfert des charges les plus lourdes, il recouvre aussi plusieurs conceptions différentes de cette montée en puissance. L’accord qui émerge dépasse cependant le clivage politique qui oppose traditionnellement Ville et Etat à Genève. COMBLER LES DÉFICITS
En finir avec la précarité : un projet pilote pour bâtir un modèle
Impliquer les acteurs culturels : un réseau d’assemblées consultatives
La première piste évoquée par le Forum consiste en la création d’un Conseil de la culture. À l’instar du Conseil de surveillance qui existe dans le domaine de l’emploi, cette assemblée réunirait canton, communes et professionnels du secteur culturel à intervalles réguliers. Les limites de sa fonction ne sont pas encore déterminées avec précision : au minimum, il permettrait d’échanger des informations et de mettre en discussion des projets. Au plus, il participerait activement à l’élaboration de lois et de projets, tout en coordonnant la vie culturelle dans le canton. Tout est donc encore à construire dans cette idée. Il faut cependant noter que son principe a déjà reçu l’assentiment de la Ville de Genève et de l’Etat au cours des derniers mois. Pendant le Forum, Patrice Mugny a appelé de ses vœux un organe qui serait « un espace de responsabilité supplémentaire ». Charles Beer, qui avait déjà évoqué l’idée d’un conseil de la culture lors du premier Forum en février dernier, a parlé d’« un outil de pilotage nouveau et rassembleur ». L’un des grands objectifs de la dernière phase du Forum sera donc d’élaborer un concept précis de ce conseil. Un seul organe de concertation, aussi fort soit-il, ne suffirait cependant pas à établir un réel esprit de dialogue dans la culture genevoise. Plusieurs ateliers ont appelé de leurs vœux la création de plateformes par branche, qui permettraient d’impliquer les artistes de chaque discipline. La branche du livre en fournit un modèle : depuis 1994, la Commission consultative pour la mise en valeur du livre (CCMVL) réunit éditeurs, libraires, Loterie romande, Ville et Canton de Genève. Cet organe a contribué à la mise en place d’actions ciblées dans un domaine mis à mal par les bouleversements économiques. L’idée serait donc de créer des commissions similaires pour les arts de la scène, le cinéma, les arts plastiques et la musique. Il s’agirait aussi de créer des organes de réflexion interdisciplinaires, mis en œuvre lors d’objectifs ponctuels et précis. L’un de ces objectifs, évoqué par l’Atelier « culture et société », pourrait être de mettre la création en chantier afin de dégager ses spécificités et ses besoins, notamment face à la marchandisation croissante du monde culturel. Déficit d’information : un besoin de données et de connaissances
Déficit d’espaces : sortir de l’âge sombre pour entrer dans l’âge équitable
L’atelier a proposé dix pistes de réflexion qui permettraient de réorganiser l’implantation dans la ville de la culture alternative, dont le fonctionnement privilégie l’autogestion. On peut réunir ces idées en deux axes. Le premier consiste à consolider les espaces qui existent déjà tels que l’Usine Kugler, Mottatom, les ateliers de la SIP, le Théâtre de la Parfumerie. Fragiles, constamment menacés de disparaître, ces lieux abritent des ateliers, des espaces de représentation et de rencontres. Ils demandent à être stabilisés avec des conventions solides, des prix adaptés à la réalité artistique et surtout, un lien de confiance durable entre acteurs culturels et autorités. Le deuxième axe appelle au réaménagement de certaines zones urbaines afin d’ouvrir de nouveaux espaces culturels, que ce soit en assouplissant les règles d’aménagement des zones industrielles ou en créant un pôle. L’une des propositions évoquait le projet de la Praille-Acacias-Vernet, actuellement en cours d’élaboration. Il serait possible de dessiner un pôle culturel autour des théâtres du Loup et de la Parfumerie. En tous les cas, Genève a besoin urgent d’espaces mixtes où le travail de création et de productions se mêle avec des lieux de représentations, d’expositions, de rencontres. CONCLUSION
Mais chacun attend maintenant que les nombreuses pistes évoquées par les ateliers soient consolidées, puis menées à bon port. Le Forum « art, culture et création » s’est donné pour tâche de mener jusqu’au bout les réflexions entamées. La troisième session présentera donc des propositions fermes, et non plus seulement des pistes. Les organisateurs et participants du Forum tiennent cependant à souligner que leur action doit trouver des relais pour aboutir à des changements réels. De relais chez les responsables politiques et les élus, sans lesquels rien ne sera possible, mais aussi chez les artistes, chez les pratiquants de la culture. L’implication des uns et des autres au sein des ateliers a été palpable, mais encore trop modeste. Rédigé par Pierre-Louis Chantre, octobre 08 |
Le RAAC soutient la pétition POUR DES ESPACES PUBLICS AUTOGÉRÉS SUR LE FUTUR SITE D’ARTAMIS !
À LA COMÉDIE DE GENÈVE
6, Bvd des Philosophes - 1205 Genève ORGANISÉ PAR LE RAAC 15.09.09 Proposition collective : Que la culture soit inscrite dans la future Constitution genevoise
Mardi 22 septembre, le RAAC remet la Proposition collective auprès de l’Assemblée Constituante - à 13h30 Cour de l’Hôtel-de-Ville
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